Ce fut le capitaine du Star qui vint implorer la modération des vainqueurs.

« Commandant, dit-il à Surcouf, vous ferez de nos personnes ce qu’il vous plaira. Toutefois nous osons espérer que vous vous conduirez en gentleman à l’égard des dames qui sont avec nous et qu’on ne saurait tenir pour prisonnières. »

Le redoutable écumeur de mer fronça le sourcil.

« Monsieur, répliqua-t-il, rien que pour ces paroles, je devrais vous faire pendre. Elles constituent une insulte gratuite. Je ne sais comment vous faites les choses en Angleterre. Mais ici, vous avez affaire à des Français. C’est vous dire que les dames n’auront qu’à se louer de notre conduite. »

Il y avait, proche le lieu de la capture, un îlot assez verdoyant et désert.

Les trois bâtiments, dirigés par les matelots français, mouillèrent dans une crique ombragée du rivage. Après quoi Surcouf donna l’ordre de faire débarquer tous les passagers, les femmes les premières.

Il y en avait une vingtaine de toutes les conditions.

Dans ce nombre apparaissait une jeune et élégante patricienne, au visage fier, à l’œil bleu plein de reflets d’acier. Quand elle fut en présence du corsaire, elle s’avança vers lui, la tête haute, la démarche assurée.

« Monsieur, dit-elle au Malouin, je ne puis croire que vous avez contre nous des intentions perfides. Vous jouissez en Angleterre et dans les colonies de la réputation d’un homme courtois et bien élevé. C’est sous cet aspect que je vous connais. »

Surcouf s’inclina en souriant.