« Vous pouvez vous assurer, milady, que cette réputation est justement accréditée.
« Si les nécessités de la guerre m’ont contraint à interrompre votre voyage, veuillez croire que c’est avec le plus vif regret de vous causer cet ennui. Mais, vos compatriotes le permettant, j’aurai l’honneur de vous remettre sur la bonne voie.
— Monsieur, répliqua la jolie prisonnière, j’étais sûre que nous serions sous la sauvegarde de votre honneur. Laissez-moi vous demander, toutefois, si votre intention est de nous abandonner sur cet îlot désert. »
Le Malouin fit un nouveau salut plus gracieux que le précédent.
« Milady, vous n’y séjournerez que le temps nécessaire à une joute inévitable. Vos beaux yeux vont sans doute contempler un combat sur mer, car je crois savoir que vos compatriotes nous donnent la chasse. Souffrez donc que jusqu’à demain je vous laisse sous la protection — je ne dis point, à dessein, sous la garde — de quelques-uns de mes plus aimables marins, et sitôt notre affaire vidée avec vos compatriotes, nous aurons l’honneur de vous rendre la liberté du chemin.
— Mais monsieur, s’écria la jeune femme, vous ne prévoyez que le cas où vous seriez victorieux ?
— C’est dans mes habitudes, madame.
— Vous n’avez donc jamais prévu l’hypothèse d’une défaite ?
— Je ne prévois que celle de ma mort, milady.
— C’est vaillamment parler, monsieur, et je vous admire pour cette parole. Mais elle n’est guère rassurante pour nous, prisonniers, permettez-moi de vous le dire.