— Au contraire, madame, si je meurs, c’est que les Anglais seront vainqueurs, et, en ce cas, ils n’auront rien de plus pressé que de vous délivrer. »
La jeune femme détourna la tête. Un long soupir souleva sa poitrine.
« Quelle affreuse chose que la guerre, monsieur Surcouf ! Elle peut donner de la gloire à quelques-uns, mais voyez de quel prix cette gloire est payée !
— Vous dites vrai, milady. Mais si vous m’en croyez, nous échangerons de telles réflexions quand la paix sera faite entre nos deux nations. »
Sur son ordre, les équipages des trois corsaires improvisèrent une sorte de campement dans une vallée bien abritée. Avec des espars, des vergues et des agrès de toute nature, on dressa des tentes sous lesquelles on installa des couchettes et des hamacs à l’usage des prisonnières.
Au préalable, on faucha un vaste espace où l’on promena le feu par précaution contre les serpents et les insectes venimeux. Ce feu fut entretenu toute la nuit aux alentours des tentes, bien que l’îlot ne parût point assez grand pour contenir des fauves. Une compagnie de cinquante hommes veilla pendant toute la durée des ténèbres, à distance suffisante pour ne point gêner les prisonnières dans leurs soins personnels.
Surcouf, toujours attentif, chargea Clavaillan de le seconder dans sa besogne de garde protectrice.
Le marquis revêtit donc son plus brillant uniforme et accompagna son chef auprès des captives, auquel il adjoignit Will comme spécialement attaché à leur service à défaut de domestiques attitrés.
Le petit mousse s’attira tout de suite la bienveillance de la jeune Anglaise.
« Vous me paraissez bien jeune pour servir, mon enfant, lui dit-elle, avec un maternel sourire, jouant sur le double sens du mot « servir ».