— Milady, répliqua gaillardement Guillaume, qui était à bonne école pour l’esprit aussi bien que pour le courage, je sers la France par le cœur et l’Angleterre par admiration pour ses filles. »

Surcouf et Clavaillan battirent des mains en même temps que la captive.

« Décidément, messieurs, dit celle-ci, on a raison d’assurer que vous ne craignez personne sur aucun champ de bataille. L’esprit vous vient de bonne heure. »

Elle attira l’enfant auprès d’elle et lui fit raconter son histoire. Elle l’interrogea longuement sur ses origines et sur sa famille. Des larmes mouillèrent ses paupières lorsqu’il lui apprit que sa mère et sa sœur habitaient à Ootacamund dans une vallée enfouie au pied des monts Nielgherries, que, depuis près de trois ans, elles n’avaient pas eu de ses nouvelles.

« Will, dit doucement la prisonnière, je vous promets que, si je rentre saine et sauve dans l’Inde, j’irai à Madras voir ma parente lady Blackwood et que de là je me rendrai à Ootacamund pour consoler votre mère et votre sœur.

— Quoi ! s’écria Jacques de Clavaillan, seriez-vous donc cette parente dont m’a parlé lady Blackwood à Madras, lady Stanhope, si je ne me trompe ?

— Moi-même, pour vous servir, monsieur le marquis de Clavaillan, fit la rieuse jeune femme avec une profonde révérence, digne de l’ancien régime.

— Madame, reprit le Français, il m’était permis d’en douter. Voici près de trois ans que lady Blackwood m’apprit qu’elle attendait votre arrivée et, depuis cette époque, j’ai pu vous croire parvenue à destination.

— Monsieur, répondit lady Stanhope, sur le même ton, vous avez su si bien tenir la mer depuis ces trois ans que ma famille, justement alarmée, ne m’a point permis de m’embarquer. De là, mon retard. »

Jacques sourit, puis, après quelques secondes d’hésitation, reprit :