— M’est-il permis, milady, de vous poser une autre question ?
— Je n’y vois aucune espèce d’empêchement, monsieur le marquis.
— Puisque vous m’y autorisez, je vous demanderai donc si vous avez emporté d’Europe deux pianos à queue dont lady Blackwood paraissait être fort en peine. Ce sont, m’a-t-elle dit, de récentes merveilles. »
L’aimable Anglaise laissa libre cours à sa gaieté.
« Allons ! je vois que vous êtes merveilleusement informé. En effet, monsieur, ces pianos, selon le nom que leur donnent les Italiens, piano-forte, sont à nos clavecins et à nos épinettes ce que les canons modernes sont aux bombardes de Crécy. Et, puisque vous m’interrogez avec autant de bonne grâce, sachez que ces pianos ont été soigneusement arrimés dans les flancs du Star.
— Celui des bateaux qui nous a contraints d’abattre sa misaine, dit Surcouf.
— Celui-là même, messieurs. Et vous avez été vraiment bien aimables de ne point le couler, car, en le coulant, vous m’eussiez fait perdre la somme de quatre cents livres. Je vous dois, de ce chef encore, une vive reconnaissance. »
Le corsaire fit chorus à l’hilarité de la jeune femme.
« Ne m’en remerciez pas outre mesure, milady. En ménageant vos navires, je ménageais ma bourse et aussi ma bonne renommée.
— Comment cela, monsieur.