— Vous allez me comprendre. Mon ami Jacques avait commis, à Madras, la chevaleresque imprudence de s’engager en mon nom à remettre les deux précieux instruments de musique sains et saufs de toute avarie.

— Alors, monsieur, je puis être sûre que mes pianos m’accompagneront ?

— Doucement, milady, doucement. Je vous réponds, foi de Surcouf, que vos pianos vous seront rendus, mais je ne puis vous garantir qu’ils arriveront dans l’Inde en même temps que nous.

— Et pourquoi non, s’il vous plaît, monsieur Surcouf ?

— Parce que, madame, tout voleur de grand chemin que je sois, je professe une honnêteté spéciale. Il ne me viendrait pas à l’esprit de frustrer le fisc non plus que mes matelots de ce qui leur revient dans les prises.

— Ce qui veut dire en bon français ? questionna la jeune femme avec inquiétude.

— En mauvais français, hélas ! madame, reprit Surcouf, cela veut dire que je suis contraint de ramener mes prises à Bourbon où elles seront estimées et vendues au meilleur prix possible.

— Alors ! s’écria-t-elle, en joignant les mains, je puis dire adieu à mes pauvres pianos ! Quel malheur, en vérité, quel malheur !

— Ne vous désolez point, milady. Je vous ai dit que je vous les rendrais.

— Comment pourriez-vous me les rendre, puisqu’ils doivent être vendus ?