— Madame, conclut le jeune corsaire, en riant, c’est mon honneur que j’y engage. Et maintenant, choisissez entre vos compatriotes et vos pianos. Si vous tenez aux derniers, souhaitez que les premiers soient vaincus. »

Sur cette parole ironique, Surcouf prit congé de la prisonnière et regagna son bord où il avait à surveiller les préparatifs de la lutte prochaine.

Les Anglais voulaient la bataille.

On pouvait voir à l’horizon le Kent, l’Eagle et la Queen Elisabeth, s’avancer de front à la rencontre de leurs ennemis.

Il était tout près de cinq heures du soir. Manifestement le combat, s’il s’engageait à pareille heure, serait interrompu par la nuit.

On était à cette époque dangereuse et indécise, entre les moussons, où le vent semble hésiter à prendre sa direction et passe aux quatre points cardinaux.

Surcouf, qui ne négligeait aucune circonstance, fut particulièrement impressionné par une brusque saute du nord-est au sud ; il appela Clavaillan.

« Jacques, dit-il, voici qui va contrarier les Anglais, mais qui nous servira en même temps. Je vais tenter quelque chose de ma façon, et je crois que je réussirai.

— Il est dans tes habitudes de réussir », répliqua plaisamment le marquis.

Ainsi qu’il l’avait prévu, fatigués par le vent debout, les vaisseaux anglais n’avançaient plus que péniblement. Il est vrai que la même cause retardait la marche de la Confiance laissée en arrière, avec le Good Hope.