A la chute du jour, les deux navires étaient à portée de canon des vaisseaux anglais. Surcouf leur enjoignit aussitôt d’ouvrir le feu, sans ralentir leur marche, afin d’attirer l’escadrille le plus avant possible.
Car il redoutait la brusque survenance du reste de la flotte anglaise et voulait s’accorder le loisir de combattre les trois chefs de file au plus tôt.
La Confiance obéit strictement, et, sous les premières ombres, une longue détonation annonça que les Français n’avaient pas attendu le feu de l’ennemi.
C’étaient d’excellents pointeurs que les corsaires. Ce premier coup eut une merveilleuse portée. Il atteignait l’Eagle, auquel il emporta le beaupré avec une partie du gaillard d’avant, ce qui contraignit la corvette à stopper.
Les deux autres vaisseaux, craignant de se perdre dans les ténèbres, mouillèrent à leur tour sur un haut fond de l’île et attendirent le jour.
La Confiance en profita pour évoluer à l’avant du Kent, auquel le Good Hope envoya une double volée de ses pièces de retraite, tuant et blessant une quinzaine d’hommes.
Furieux, l’Anglais riposta à outrance et creva la hanche du Good Hope à tribord. Le pauvre navire blessé dut s’enfuir pour échapper à une seconde décharge.
C’était le moment choisi par Surcouf pour accomplir son trait d’audace.
Il avait relevé très exactement la situation des vaisseaux anglais.
Entre le Kent et la Queen Élisabeth s’ouvrait un passage à peine suffisant pour qu’un vaisseau passât au risque de se voir foudroyer par les deux adversaires à la fois.