Ce fut pourtant là le parti que prit le redoutable corsaire.

La nuit était devenue tout à fait noire. Couvrant ses feux, démasquant les cinquante pièces de sa batterie, Surcouf prit le vent dans toutes ses voiles et courut droit aux deux vaisseaux anglais.

Il était deux heures à peine du matin, et la canonnade entre la Confiance et le Kent avait pris fin depuis dix heures du soir. Les équipages harassés, ne soupçonnant point une agression nocturne, se reposaient en toute sécurité.

Le Revenant avait pour lui, par-dessus tout, sa prodigieuse vitesse.

Mais pour tenter une telle manœuvre, il fallait des matelots prodigieux.

Il fallait, en outre, le chef incomparable auquel ils s’étaient donnés aveuglément.

Le terrible corsaire s’élança donc, vent arrière, avec une formidable vitesse.

Il arriva ainsi à une encablure de la Queen Elisabeth, sans qu’on l’eût vu venir. Mais, à ce moment, la vigie jeta le signal d’alarme, appelant tout le monde sur le pont. La circonstance était prévue. Surcouf avait pris ses précautions. Toute la batterie de tribord envoya sa bordée à la corvette.

Ce fut effroyable. Trente hommes tombèrent ; l’artimon, haché, s’abattit sur le gaillard d’arrière. La confusion fut inexprimable.

« Feu ! » ordonna désespérément le commandant Peterson.