Il était trop tard. Emporté par sa fulgurante vitesse, le Revenant était passé, envoyant sa bordée de bâbord au Kent à peine réveillé.

La riposte des vaisseaux anglais n’atteignit qu’eux-mêmes.

Et pendant les deux heures de nuit qui restaient à courir, le Kent et la Queen Elisabeth se canonnèrent avec une stupide fureur.

A l’aube, ils s’aperçurent de leur désastreuse erreur et cessèrent le feu.

Hélas ! Elle avait été effroyable, cette confusion. Le Kent avait vingt boulets dans sa coque ; la Queen Elisabeth, outre son artimon rasé, avait eu son gouvernail brisé.

Pendant ce temps, le corsaire revenait sur ses pas et rejoignait Jacques émerveillé.

« Hein ! lui dit-il, tandis que ses matelots riaient à gorge déployée, crois-tu que ça a assez bien réussi ? Les voilà en train de se bombarder à qui mieux mieux. Nous n’aurons plus qu’à ramasser les blessés et les morts. »

Et il riait lui-même du succès de son stratagème, montrait son équipage au complet, sa carène intacte. Puis, après avoir fait distribuer double ration de vin et d’eau-de-vie et trinqué avec l’équipage entier, il dit :

« Allons ! que tout le monde aille dormir. C’est un repos bien gagné, et il reste encore beaucoup d’ouvrage pour demain. »

L’ordre fut exécuté sur-le-champ. Les matelots ne demandaient qu’à dormir.