Tandis qu’ils regagnaient leurs hamacs, Surcouf faisait mettre un canot à la mer et, conduit par six rameurs de la Sainte-Anne, accompagné de Jacques de Clavaillan, allait complimenter les marins de la Confiance et ceux du Good Hope, les plus éprouvés par le feu de l’ennemi.

CHAPITRE XIII
BRANLE-BAS DE COMBAT

Le jour se leva enfin, un jour clair, lumineux, mais dont l’ardeur torride se trouvait atténuée par les souffles d’une brise fraîche.

L’heure de la grande bataille avait sonné.

Déjà, sur les rivages de l’îlot, les prisonniers, lady Stanhope en tête, étaient accourus pour assister aux péripéties du combat. Toute la nuit ils avaient été tenus en haleine par le bruit du canon.

Ils avaient vu la mer s’illuminer au large des rapides éclairs des bouches à feu. Haletants d’angoisse, sentant que leur destinée se jouait sur l’abîme sans qu’ils pussent aider au dénouement, ni prêter la main à leurs compatriotes, ils avaient appelé le jour de tous leurs vœux, espérant que la victoire appartiendrait aux Anglais.

Car ils ne pouvaient croire que les corsaires eussent l’audace de s’attaquer à la marine régulière de la Grande-Bretagne, à une frégate flanquée de deux corvettes de Royal Navy.

Et cependant, cette invraisemblable hypothèse, ce jour qu’ils appelaient de tous leurs vœux enfin allait la leur montrer réalisée.

Dès que les premières brumes furent dissipées, on put voir de la côte les trois vaisseaux de guerre s’avancer résolument.

Les Anglais prenaient l’offensive. Ils jouaient leur va-tout.