La lumière leur avait permis de reconnaître les avaries subies par leur propre maladresse et de quelle ridicule façon ils s’étaient laissé jouer par leur ennemi.
Et maintenant, la rage au cœur, altérés de vengeance, ils brûlaient de faire expier à l’audacieux corsaire l’humiliation qu’ils avaient subie.
Mais Surcouf était déjà prêt à la lutte. Les équipages, reposés et frais, faisaient des gorges chaudes sur l’incident de la nuit. Tous les hommes aptes à la lutte, la hache et le sabre d’abordage au poing, s’apprêtaient à fondre sur leurs adversaires.
Ils avaient eu l’avant-goût de la victoire. Ils entendaient bien l’achever.
Au moment d’appareiller, Jacques de Clavaillan appela Will.
« Guillaume, mon enfant, lui dit-il, voici la première affaire à laquelle tu vas assister. Elle sera chaude. As-tu peur ? »
Les yeux du mousse étincelèrent et son poing se serra convulsivement.
« Est-ce à moi que vous dites cela, monsieur le marquis ? »
Jacques eut un bel éclat de rire, et, frappant sur l’épaule du gamin :
« Bravo ! fit-il, voilà la meilleure réponse, « monsieur le marquis », rien que ça ! Morbleu ! Tu me rappelles la réplique de Rodrigue à son père, dans le Cid. Je vois que tu seras crâne. Viens çà, et embrasse-moi comme un frère. »