Un éclat de rire accompagna cette réflexion humoristique.

Mais le silence se rétablit promptement. On venait de voir le corsaire escalader la tribune. Le Malouin soulevant son chapeau à cornet fit une brève allocution :

« Messieurs, et vous surtout, mesdames, pardonnez-moi le préjudice que je cause à vos talents en vous enlevant ce piano. J’ai donné ma parole et suis tenu par un vœu. Pour faire danser les Anglais, j’ai les canons du Revenant, de la Sainte-Anne et de la Confiance. Mais j’ai promis à leurs femmes un souvenir des nôtres. Voilà pourquoi je vous enlève ce piano. »

CHAPITRE XV
LADY STANHOPE

Ce soir-là il y avait brillante réception au palais du gouverneur à Madras.

Tout ce que la ville et les environs contenaient de notabilités aussi bien dans le monde de l’armée que dans le monde des colons ou dans le monde du haut commerce s’était donné rendez-vous dans les salons et dans les allées ombreuses dont lady Blackwood faisait les honneurs avec sa grâce charmante de jeune et jolie femme, avec cette exquise urbanité qui est un des apanages de la naissance. Pour chacun, elle avait un sourire, un mot aimable, rappelant à celui-ci un acte de courage, montrant à celui-là qu’elle s’intéressait à ses spéculations ou à ses espérances de planteur.

Elle allait de groupe en groupe, précédée et suivie d’un murmure d’admiration, apportant avec elle la gaîté, faisant jaillir l’esprit, tant il est vrai qu’il suffit de la présence d’une femme jeune et aimable pour répandre partout la joie, pour stimuler l’entrain, pour animer une réunion même composée des éléments les plus divers.

Cette soirée donnée dans les admirables jardins du palais du gouverneur était en l’honneur de lady Stanhope, une amie d’enfance, en même temps qu’une parente de lady Blackwood.

Or, tous les invités étaient maintenant arrivés et l’on attendait encore l’apparition de cette jeune femme que son renom de beauté et ses récentes aventures en mer avaient rendue célèbre dans la ville.

Les plus invraisemblables histoires couraient sur son compte et la curiosité était d’autant plus excitée que depuis un mois qu’elle avait débarqué à Madras, personne ne l’avait encore vue.