A peine descendue depuis une heure au palais du Gouvernement où son amie l’avait accueillie avec les plus grandes effusions d’amitié, lady Stanhope déclarait à cette dernière qu’elle ne lui appartenait qu’un jour ou deux, comptant partir dans le plus bref délai pour Ootacamund.
« Grand Dieu ! s’était écriée la jeune femme, que voulez-vous faire dans ce pays perdu, où je n’ai jamais mis les pieds ? »
Le délicieux visage de la voyageuse s’était fait grave.
« J’ai promis, dit-elle, de faire cette excursion sitôt que je serais remise des fatigues de la traversée, et je sens très bien qu’après-demain je serai tout à fait en état.
— Au moins, avait demandé son amie un peu dépitée, me direz-vous à qui vous avez fait cette promesse solennelle.
— Bien volontiers, sourit lady Stanhope, c’est à un petit mousse français qui faisait partie de l’équipage de Surcouf.
— Vous vous moquez de moi, Lily ?
— Pas le moins du monde, chère. Ce petit mousse a nom Guillaume Ternant. Il est de très bonne famille bretonne. Son père est mort prisonnier des Anglais. Lui, il est parti depuis trois ans et il m’a priée de porter de ses nouvelles à sa mère et à sa sœur qui habitent tout près de Madras.
— Et c’est pour ces Français que vous parlez de me quitter sitôt, Lily ?
— Ce n’est pas vous qui parlez ainsi, Mary ? Certes, je me sens d’autant plus pressée d’accomplir ma promesse que ce sont des Français, c’est-à-dire des ennemis, c’est vrai, mais des ennemis braves et loyaux. »