Et la mère se récriait :
« C’est impossible, madame, quand il est parti il était de ma taille.
— Mais il y a trois ans, maman », faisait remarquer Anne, qui n’était pas moins joyeuse que sa mère.
Cependant il y avait un nom que la jeune fille aurait bien voulu prononcer ; elle n’osait pas.
Heureusement, lady Stanhope prévint son désir.
« J’oubliais que j’étais également chargée de toutes sortes de compliments et de souvenirs pour vous, madame, et pour mademoiselle Anne, de la part d’un jeune officier de votre connaissance, M. Jacques de Clavaillan. »
La jeune fille rougit de plaisir. C’était plus qu’il ne lui en fallait pour lui faire prendre patience et pour la rendre heureuse jusqu’au retour de son frère et de son fiancé.
En partant, la jeune femme comptait, sitôt sa commission faite, prendre le chemin du retour, mais voilà qu’avec sa nature fantasque, elle se prit d’affection pour les deux Françaises, qui de leur côté se mirent bien vite à chérir celle qui n’avait pas hésité à quitter ses amis et sa luxueuse installation de Madras, pour venir presque dans les montagnes, dans un pauvre petit pays perdu, trouver deux étrangères afin de leur parler de l’absent aimé.
Aussi un mois s’écoula presque et lady Stanhope n’avait pas encore songé à quitter Ootacamund. Ce fut une lettre de son amie, lettre à la vérité un peu acrimonieuse, qui vint la décider.
Elle répondit aussitôt en s’excusant et en faisant de si gentilles protestations de repentir que lady Blackwood sans rancune prépara une grande soirée pour le retour de l’enfant prodigue…