Quand le chargement parut fini, les deux canots attelés au chaland prirent le chemin du rivage.

Et parmi l’élégante réunion qui assistait à cet étrange débarquement, la curiosité était montée au plus haut degré.

« Qu’est-ce que cela veut dire ? » se demandait-on de proche en proche.

Le gouverneur paraissait même un peu inquiet. Est-ce que cette arrivée des Français traînant à leur suite ce chaland mystérieux ne cachait pas quelque piège ? On les savait d’un esprit fertile en ruses, et on connaissait la haine profonde de Surcouf pour tout ce qui était anglais.

Allait-il donc profiter de cette suspension d’armes, de la facilité avec laquelle il entrait dans le port pour préparer quelque surprise désastreuse, et cela au mépris de toutes les lois de la guerre ?

Il ne fut pas maître de son trouble et laissa échapper quelques paroles qui dévoilèrent ses craintes.

Lady Stanhope s’en émut aussitôt, en relevant courageusement son observation.

« Eh ! quoi, monsieur, soupçonneriez-vous ces hommes d’un tel acte de déloyauté ?

— Madame, répondit le gouverneur, un peu ennuyé pour certaines conceptions, une semblable action pourrait ne pas passer pour déloyale.

— Oh ! c’est là une chose impossible et qu’on ne peut concevoir sans avoir une âme vile. Ce n’est pas le cas, monsieur, pour Surcouf et ses compagnons, et moi, lady Stanhope, je me porte en toute confiance garant de leur honneur. »