— Certes. Je les reconnais parfaitement maintenant. Celui du milieu est le Revenant, à droite, c’est la Sainte-Anne, à gauche, la Confiance.

— Pourquoi viennent-ils à Madras ? demanda quelqu’un.

— Surcouf, sans nul doute, veut profiter de la suspension d’armes, afin de communiquer avec la terre.

— En effet, ils ont arboré le drapeau blanc.

— Cependant ils restent à une distance respectable.

— C’est qu’ils ne peuvent avancer plus avant, Madras a une défense naturelle. Son rivage est entouré de fonds changeants dans lesquels un navire d’un certain tonnage ne peut s’aventurer sans danger. Et Surcouf, en marin consommé n’ignore pas cette particularité. »

Tandis qu’on causait sur le port et que les invités du gouverneur faisaient mille suppositions sur cette arrivée intempestive du fameux corsaire, il se faisait à bord des navires un mouvement inusité que l’on pouvait discerner du rivage.

Les matelots semblaient amener sur le pont deux colis énormes, puis on vit les poulies attachées au flanc du navire, et bientôt deux canots furent mis à la mer.

Ce fut ensuite le tour d’un grand canot plat, sorte de chaland, à bords élevés pour empêcher les petites vagues du large de pénétrer à l’intérieur.

Puis ce chaland, amené contre le flanc du navire, y fut solidement maintenu, tandis qu’au-dessus les poulies faisaient glisser les deux gros colis.