Dans cet adolescent, presque un homme déjà, tout le monde reconnut Guillaume Ternant le petit mousse breton, à la prière duquel lady Stanhope avait quitté ses amis pour aller consoler la mère et la sœur.

Enfin voici Surcouf lui-même. Et la brillante assemblée qui le regarde est obligée de s’avouer que la description de la jeune femme n’a rien exagéré.

Sans être d’aussi haute taille que Clavaillan, il est grand, parfaitement élégant. Ses traits sont d’une rare régularité et tonte sa personne respire la force.

Ce qui frappe tout d’abord en lui, c’est son regard. Ses yeux un peu enfoncés sous l’arcade sourcilière brillent d’un feu intense. Ce sont bien là les yeux de ce fouilleur d’horizon, des yeux d’aigle, qui toujours avant le reste de son équipage ont distingué l’ennemi.

Rien qu’avec ces yeux-là, il ne pourrait passer inaperçu, or tout le reste est à l’avenant. Le nez légèrement busqué a l’arête très fine, la bouche est d’un dessin parfait, et le menton assez accentué contribue à donner à ce masque d’homme un caractère d’énergie particulier.

D’abord surpris à la vue de tout ce monde, il ne tarda pas à se remettre. Et avec cette aisance aimable qui est un des apanages de la nation française et qui ne l’abandonne jamais, il salue le gouverneur et les dames.

Mais déjà lady Stanhope s’est avancée, et elle tend sa petite main sur laquelle le marin s’incline pour y poser ses lèvres avec une grâce respectueuse.

« Avouez, monsieur Surcouf, que vous ne vous attendiez pas à une semblable réception, s’écrie en riant la charmante femme.

— Non, madame, bien certainement, mais vous m’en voyez infiniment heureux. Au moins tous ces messieurs pourront affirmer que le corsaire Surcouf est un homme de parole et d’honneur. »

Il y eut à ces mots un moment de curiosité, et le marin faisant un signe aux matelots qui étaient restés à une petite distance, ceux-ci s’avancèrent toujours chargés de leurs gros colis.