« Madame, reprit Surcouf, vous n’avez pas oublié sans doute la promesse que je vous fis lors de notre séparation. Cette promesse, il s’en est fallu de peu que je ne pusse la tenir qu’à moitié. Dans la partie du butin qui m’échut au moment du partage, je reçus un de vos pianos, mais l’autre tomba aux mains du fisc, en la personne du commissaire. Ce ne fut pas sans difficultés que je le décidai à me le céder. Enfin je les ai tous les deux et j’ai l’honneur de vous les rapporter. »

Ces paroles furent accueillies par un formidable hourra.

Les hommes criaient, les femmes battaient des mains, et l’on fit une véritable ovation à nos marins.

Le gouverneur voulut serrer la main du vaillant Surcouf et de ses compagnons. Lady Blackwood, enthousiasmée, fit de même.

Quant à lady Stanhope, elle exultait, et ses yeux et son sourire disaient clairement :

« Vous voyez que je n’ai rien exagéré. Je savais bien, moi, que c’étaient de parfaits gentilshommes. »

Cependant on ne pouvait rester plus longtemps sur le port.

Sur l’invitation du gouverneur tout le monde reprit le chemin du palais, où un déjeuner improvisé, sorte de banquet en l’honneur des Français, fut offert à Surcouf, à Clavaillan, à Guillaume et à tous les invités de la nuit, pendant que les matelots étaient abondamment servis par les domestiques.

« Quel dommage, s’écria tout à coup le vieux général, de penser que, sitôt la suspension d’armes terminée, vous redeviendrez notre ennemi le plus acharné. »

Surcouf sourit.