« Qu’importe, général, nous ferons comme les enfants, qui ne sont jamais plus amis que lorsqu’ils se sont administré une formidable roulée. »

On applaudit à cette boutade, et le gouverneur, levant son verre, s’écria :

« J’en accepte l’augure, commandant, et je bois à la paix définitive qui unira nos deux grandes patries. »

Ce toast fut chaleureusement accueilli par toute l’assemblée.

Hélas ! personne ne se doutait alors des événements terribles qui se préparaient en Europe… Et comment le soleil éclatant de l’empire français, après avoir ébloui de ses rayons les lions voisins, allait sombrer dans une épouvantable catastrophe.

Mais, Dieu merci, il ne nous est pas donné de connaître l’avenir, et tandis que tous ces jeunes officiers choquaient joyeusement leurs verres, aucun d’eux ne prévoyait que la guerre impitoyable allait faire parmi ceux-là mêmes, de larges trouées.

Surcouf, fêté par tous, mais principalement par lady Stanhope et lady Blackwood, ravies toutes deux d’avoir leurs pianos, consentit à passer deux jours à terre.

Quant à Clavaillan et à Guillaume, malgré la même invitation, ils partirent le jour même de leur débarquement pour Ootacamund.

Personne, du reste, ne songea à s’étonner, mais lady Stanhope seule pensa qu’un petit cœur de jeune fille allait probablement battre une charge précipitée à l’arrivée des deux jeunes gens.

Elle ne se trompait pas, et Mme Ternant, qui depuis longtemps était dans le secret de sa fille, n’eut pas de peine à comprendre à qui allait une partie des effusions qu’Anne prodigua à son frère.