La fatale année de mil huit cent quinze est près de s’achever. L’empire français n’existe plus.
Les aigles sont tombés à Waterloo, vaincus par la fatalité.
L’Europe, si longtemps oppressée, respire.
Le génie qui la comprimait est désormais réduit à l’impuissance.
Napoléon s’est heurté à la pierre d’achoppement que Dieu, bien plutôt que les hommes, avait placée sur sa route.
Et cette pierre, ainsi que l’avait presque prophétisé le vieux général, dans la soirée donnée à Madras en l’honneur d’une jolie femme, cette pierre s’est précisément trouvée être ce Willesley, frère du marquis du même nom, ce cadet de famille dont la gloire dépasse maintenant celle des aînés et des ancêtres et qui porte triomphalement le titre de duc de Wellington.
L’Empereur, qui s’est confié à ses ennemis les plus acharnés, à ces Anglais qu’il n’a pu vaincre, va voir sa confiance cruellement déçue.
Non seulement l’Angleterre n’a point pour lui les égards que l’on doit à l’ennemi vaincu et sans défense, mais sans pitié pour cette grandeur tombée, sans respect pour ce captif qui s’est livré lui-même, elle va le traiter avec cette impitoyable rigueur, avec cette étroitesse de surveillance qui briseront en lui toute énergie et qui en quelques années lui ouvriront les portes du tombeau.
Mme Ternant et Anne ont suivi avec angoisse la marche des événements, et le jour a lui enfin pour la jeune fille où son rêve va se réaliser.
Depuis le matin la cathédrale de Brest fait retentir l’air de ses plus joyeux carillons.