« Je ne sais qui vous êtes, monsieur, mais je sais que je vous dois la vie de mes enfants. »
L’inconnu salua gracieusement et baisa la main de la veuve.
« Madame, dit-il, je suis le marquis Jacques de Clavaillan et je viens vous apporter le dernier souvenir du bon Français qui fut votre mari.
— Un souvenir de mon mari ? » s’écria la pauvre femme, au comble de l’émotion. Et elle pria le voyageur de vouloir bien accepter l’hospitalité sous son toit.
Pendant ce temps, les serviteurs hindous faisaient un brancard et chargeaient le gigantesque félin pour l’emporter au domicile de la veuve.
Mme Ternant donna l’ordre à son babourchi de préparer un repas qui pût rassembler à la même table, outre le chasseur providentiel qui avait sauvé Anne et Guillaume, tous les membres de la famille O’Donovan, ses amis.
Il y eut fête, ce jour-là, dans le bungalow des pauvres exilés.
Il y avait cinq ans que la veuve n’avait pas revu ses compatriotes, cinq ans que son oreille n’avait pas perçu le son du cher parler national, de la langue maternelle, cette langue de France, douce au cœur.
On interrogea donc le visiteur ; on voulut savoir comment il avait pu connaître la résidence des captifs de la Bretagne et les retrouver.
« Certes, expliqua le jeune homme, ça n’a pas été facile. L’état de guerre continue entre les deux nations rendait toute investigation ardue, pour ne pas dire impossible ; mais, dès que la paix a été signée entre le cabinet de Saint-James et le gouvernement du Premier Consul, j’ai pu reprendre des recherches qui me tenaient au cœur. »