On parla d’autre chose. On fit raconter au jeune et vaillant aventurier ses prouesses. Il s’y prêta de bonne grâce et émerveilla son auditoire par le récit des exploits fabuleux du corsaire.

Guillaume l’écoutait, bouche bée, les yeux étincelants.

Tout son petit corps frémissait. Une généreuse ardeur éclatait dans son regard, dans son attitude. Parfois de brèves imprécations jaillies de ses lèvres exprimaient au narrateur le vif intérêt que le garçonnet prenait à son récit et soulignaient les épisodes les plus pathétiques. Jamais conteur n’obtint plus chaud ni plus sincère succès.

Quand il eut fini, le petit Will se leva d’un bond et courut au jeune homme, qu’il enlaça de ses bras avec passion.

« Je veux être marin comme vous, monsieur de Clavaillan, marin comme Surcouf. Je veux faire la guerre aux Anglais et ramener maman et Anne en Bretagne. Conduisez-moi auprès de Surcouf. Je veux aller avec vous. »

Et, comme Mme Ternant poussait un cri d’alarme, il reprit :

« Oh ! ne t’inquiète pas, maman. Ce n’est pas toi, une Bretonne, qui voudrais m’empêcher d’être marin. N’oublie pas, d’ailleurs, que papa lui-même a promis à Surcouf de me donner à lui. »

Il ne fallait pas s’attendre à un consentement immédiat.

Le cœur d’une mère ne se résigne point ainsi à la séparation.

Mme Ternant pleura derechef et fit des reproches à son fils.