« Guillaume, lui dit-elle, est-il vraiment possible que tu songes à t’éloigner de nous ? N’est-ce pas assez d’avoir perdu ton père ? Qu’allons-nous devenir, ta sœur et moi, deux pauvres femmes sans protection, si tu nous quittes à ton tour ? »
Mais Will avait la riposte prompte et ne manquait pas d’esprit :
« Maman, répliqua-t-il, de quel secours peut vous être un enfant de dix ans au milieu des difficultés de la vie ? Tandis qu’à cet âge je puis commencer l’apprentissage de l’existence et devenir un homme en passant par la bonne école. Je serai l’élève de M. le marquis de Clavaillan, le mousse de Surcouf.
— Le mousse de Surcouf ! » répéta Mme Ternant comme un écho lamentable.
Quelqu’un intervint, et prit fait et cause pour Guillaume. Ce fut sa sœur.
« Maman, fit résolument Anne, je crois que Will a raison et que c’est en commençant de bonne heure qu’il sera plus tôt un homme.
« Je suis donc d’avis que tu le laisses suivre M. de Clavaillan, si M. de Clavaillan consent à se charger de lui.
— Certainement, que je m’en charge, dit allègrement Jacques. Et puisque vous parlez si gravement, ma petite héroïne, je vous déclare que, dès que vous serez en âge de vous marier, je viendrai demander votre main à Mme Ternant. J’espère qu’elle ne refusera pas.
— Ni moi non plus », s’exclama étourdiment la fillette.
Ainsi furent décidées en une seule soirée la vocation de Guillaume et les fiançailles d’Anne, sa sœur. Patrick O’Donovan en fut témoin.