M. de Clavaillan fut, un mois durant, l’hôte de la famille Ternant, après quoi il partit, emmenant Guillaume avec lui.
CHAPITRE III
INITIATION
Les adieux furent cruels assurément et les pleurs du petit Will ne furent pas les moins amers. Au moment d’entrer dans la rude carrière qu’il venait de choisir, la chair eut une faiblesse et son cœur se déchira à la pensée de quitter sa mère et sa sœur. Mais sa résolution était bien prise. Il triompha des dernières émotions, surtout lorsque sa sœur, en essuyant ses yeux, lui eut dit :
« Will, dans cinq ans tu seras un homme. Ce sera le moment de venir nous chercher. Ne l’oublie pas.
— Personne ne l’oubliera, dit Jacques en mettant un baiser au front de la fillette. Ayez vous-même bonne mémoire, ma gentille fiancée. »
On brusqua le départ afin d’abréger les tristesses de la séparation.
Jacques avait retenu deux chevaux et un guide, avec lesquels il parcourut rapidement la distance qui le séparait de Madras.
Là, il trouva trois prisonniers français, dont deux étaient d’anciens matelots ayant blanchi sous le harnais. Leur jeunesse avait connu l’un des plus vaillants champions de la France, le bailli de Suffren. Plus tard, ils avaient servi sous les ordres de La Bourdonnais. Clavaillan leur offrit de les rapatrier ou, tout au moins, de les ramener jusqu’à l’île Bourbon. Sa proposition fut accueillie avec enthousiasme.
On s’enquit donc du premier navire en partance et les cinq places furent retenues à bord d’un voilier qui allait emporter un chargement de bois de teck en Europe. Il fallut néanmoins se résigner à séjourner quelque temps dans la cité anglaise. Jacques de Clavaillan, en raison même de son renom de vaillance, y fut fêté par ses ennemis.
Chacun voulait voir et connaître le glorieux lieutenant du jeune corsaire qui avait causé tant d’effroi aux rois de la mer.