Celui-ci rentra donc à l’hôtel, où il trouva Will inquiet.

« Mon enfant, lui dit-il, il se passe des choses inattendues. La guerre est recommencée, et le capitaine qui devait nous ramener en France nous refuse désormais le passage, ce qui nous oblige à demeurer ici. »

L’enfant fixa sur le jeune homme un regard plein de désappointement.

On y lisait à la fois la contrariété causée par la nouvelle et la déception qu’il ressentait de trouver semblable résignation dans l’homme qu’il avait considéré jusqu’alors comme le plus indomptable des héros de la France, le plus farouche des amants de la liberté, préférant la mort à l’esclavage.

Tout cela, Clavaillan le lut dans les prunelles claires du petit Will.

Il en éprouva une humiliation, et ce fut comme un coup de fouet stimulant son désir d’indépendance, sa hâte de tenter une évasion.

Mais c’était un homme de grand cœur, ce Jacques de Clavaillan.

Il se dit que, s’il avait le droit, presque le devoir, de recouvrer violemment la liberté pour mieux servir la patrie, il ne lui était pas permis d’entraîner dans son aventure un enfant de onze ans qu’il avait ravi, pour ainsi dire, à sa famille, et priver une veuve du fils sur l’appui duquel elle comptait.

Il reprit donc, maîtrisant les révoltes de son orgueil et le frémissement de sa voix :

« Dans de telles conditions, tu dois le comprendre, il devient inutile que je te garde avec moi et que je t’éloigne de ceux qui te sont chers. Je vais donc te ramener à ta mère, dans les Nielgherries, et nous reprendrons nos projets dès que nous en trouverons l’occasion. J’espère que ce ne sera pas trop long. »