« Et ce moussaillon-là, demanda-t-il, goguenard, pourquoi crois-tu qu’il a été créé et mis au monde, cabèce de moitié d’Espagnol ? »

Cette épithète, en tout autre temps, avait le don de faire grincer les dents au Basque, et de mettre au clair la navaja qu’il portait sur lui.

Mais, cette fois, elle le fit éclater de rire, tant il trouva d’esprit au chef, qui avait réponse à toutes les objections.

Au reste, le marquis s’empressa de leur exposer la suite de son plan.

« Écoutez : voici ce que nous ferons. Quand nous serons au moment, nous viendrons ici ensemble. Nous ferons la courte échelle au petit. Il grimpera jusqu’au hublot en emportant un bon filin pour redescendre dans la baraque. Là, il nous ouvrira la grande porte en tirant les verrous. Ce n’est pas plus malin que ça.

— Mais si les verrous sont rouillés ? intervint Evel, avec méfiance.

— Garçon, ta supposition serait fondée, si c’était des Bretons qui avaient la garde de la maison. Mais, avec les Anglais, il n’y a pas de danger. Tu comprends bien qu’ils ne laissent pas leurs ferrures si près de l’eau, dans un pays où il pleut quatre mois, sans les graisser. Donc, rien à craindre de ce côté-là. Le petit n’aura qu’à mettre son petit doigt sur les targettes et elles s’en iront toutes seules. Pas de doute à cet égard. »

Décidément, il n’y avait rien à répliquer. Evel et Ustaritz baissèrent la tête, se disant, en manière de dernier argument, que, d’ailleurs, avec un pareil homme, il y avait toujours une ressource, même contre l’impossible.

« Alors, comme ça, capitaine, se borna à dire le Basque, quand est-ce que nous partons ?

— Demain, à la marée, répondit Jacques, c’est-à-dire à minuit précis. »