Les quatre compagnons reprirent leur promenade sans avoir été vus.
Jacques leur avait exposé son projet dans toute sa minutieuse précision.
Le lendemain, en effet, il y avait fête au palais du Gouvernement.
Lady Blackwood donnait une soirée à laquelle elle avait invité non seulement ses compatriotes, mais encore tous les étrangers de distinction résidant à Madras. Jacques de Clavaillan était du nombre de ceux-ci.
Il se fût bien gardé d’y manquer, sachant le prix que la fière Anglaise attachait à sa présence.
Elle tenait à le montrer à ses hôtes, un peu comme on exhibe un objet de curiosité. Il fallait donc qu’il fît son apparition dans les salons, ne fût-ce que pour éluder la surveillance dont il était l’objet et accomplir ainsi le plan audacieux qu’il avait conçu.
Le lendemain, à l’heure dite, tandis que Will et les deux matelots préparaient les provisions en vivres et en hardes, Jacques revêtait ses plus beaux habits de gala, ceignait l’élégante épée de parade que la courtoisie de ses geôliers lui avait laissée, et se présentait dans les salons du Gouverneur de Madras.
On lui fit un accueil empressé. Tout ce qu’il y avait d’hommes distingués et de femmes gardant les traditions et les habitudes de l’Europe lui prodiguèrent les compliments les plus flatteurs.
Plusieurs poussèrent même la bonne grâce jusqu’à lui parler des exploits qu’il avait accomplis et des mauvais tours qu’il avait joués aux soldats et aux marins de Sa Gracieuse Majesté le roi George, ce qui était le comble de la déférence.
Lady Blackwood ajouta même avec un charmant sourire :