« Quel malheur, monsieur le marquis, que nous ne puissions vous rendre la liberté qui vous permettrait de reprendre le cours de vos exploits, puisque, hélas ! la guerre recommence entre nos deux nations. Mais, au point de vue de notre sympathie pour vous, cette captivité que nous vous infligeons offre une compensation, l’assurance que nous vous gardons vivant, que nous vous protégeons contre les mauvais, que nous vous défendons de vous-même.
— Milady, répondit galamment Jacques, cette marque de sollicitude de votre part sera le plus aimable souvenir que je garderai de mon séjour à Madras, et je raconterai à Surcouf de quelle façon les Anglais de l’Inde entendent et pratiquent l’hospitalité envers leurs ennemis.
— Surcouf ! s’exclama la noble dame. En effet, monsieur le marquis, vous pourrez lui faire cette communication le jour où, selon nos plus sûres prévisions, nous recevrons ce redoutable forban dans les murs de Madras.
— Ah ! fit Clavaillan, un peu inquiet, avez-vous donc eu, madame, de récentes nouvelles de mon compatriote ?
— Les plus fraîches qu’il soit possible d’avoir, monsieur. Le commodore John Harris l’a poursuivi énergiquement, ces jours derniers, dans les eaux de Pointe de Galles, et le tient cerné dans une des criques de Ceylan. Il paraît même que Surcouf a fait des ouvertures de paix, offrant de se rendre sous conditions.
— En ce cas, madame, milord Gouverneur a été certainement induit en erreur, et le commodore Harris s’est laissé jouer par quelque audacieux farceur qui a pris les apparences de Surcouf. »
Il dit cela de sa plus douce voix, mais avec un sourire de persiflage au coin des lèvres.
L’orgueilleuse Anglaise en prit ombrage et fronça les sourcils :
« Le commodore, monsieur le marquis, est un homme d’âge et d’expérience et auquel on n’en fait point accroire, et je plains votre Surcouf d’être réduit à parlementer avec lui.
— Raison de plus, madame, pour que je doute de la valeur de vos informations. Mais, en les respectant, je me réjouis de ce voisinage de Surcouf qui me permettra d’entrer plus promptement en relations avec lui. »