Un jeune midshipman se mit à rire avec ostentation. « Oh ! ces Français ! ils sont bien tous les mêmes ! Fanfarons et vantards ! »

Jacques jeta au jeune insolent un regard qui lui fit baisser les yeux :

« Monsieur, répliqua-t-il, si j’étais encore à Madras après-demain, je me ferais un plaisir de vous couper les oreilles pour cette aimable parole. »

L’aspirant frémit de colère. Il allait répondre, lorsque lady Blackwood, toujours grande dame, s’empressa d’intervenir.

Elle se tourna vers les femmes de son entourage et leur dit :

« A la bonne heure. Nous voici prévenues, mesdames, que monsieur le marquis de Clavaillan va prendre congé de nous, un de ces matins ou de ces soirs, sans dire gare, pour rejoindre son ami, le pirate. Avez-vous quelque chose à lui faire dire ? »

Le marquis salua la gracieuse compagnie, la main sur son cœur :

« Je me chargerai volontiers des commissions de ces dames pour leurs frères, cousins ou maris, que le hasard de ma course pourra me faire rencontrer d’ici en France. »

L’hilarité devint générale. Tout le monde trouvait que ce Français avait beaucoup d’esprit. Une toute jeune femme, très rieuse, s’écria :

« Monsieur le marquis, ma sœur, lady Stanhope, a dû quitter l’Angleterre ces jours derniers pour venir rejoindre son mari à Bombay. Elle apporte avec elle deux pianos de fabrication française. Je ne vous recommande pas ma sœur, car je sais qui vous êtes, mais ses deux pianos. Qu’on ne les dégrade pas.