— D’autant plus, appuya lady Blackwood, que l’un de ces pianos m’est destiné. Je l’ai payé deux cent cinquante livres.
— Les pianos vous seront rendus intacts, miladies, répondit Jacques, à moins que l’eau de mer ou un boulet mal élevé n’aient nui à leur bon état de conservation. »
Une seconde Anglaise s’avança. Elle détacha un ruban de son corsage et le tendit à Clavaillan.
« Monsieur le marquis, la justice anglaise est expéditive pour les corsaires. Gardez donc précieusement ce ruban. Mon beau-frère, George Blackford, commande la corvette Eagle. S’il vous arrivait de le rencontrer, vous n’auriez qu’à lui montrer ce gage, et, pour l’amour de moi, vous ne seriez point pendu. »
Jacques prit le gage et salua très bas.
« Mille grâces, milady, — répondit-il encore, — j’accepte ce ruban, et, si la malchance me fait rencontrer, comme vous le dites si aimablement, l’illustre George Blackford, je m’engage à le lui présenter au bout de mon épée. »
Ce dernier mot passa pour une bravade, mais n’en amena pas moins une grimace aux lèvres pâles et minces de l’Anglaise humiliée.
Cependant la fête battait son plein. Les danses étaient fort animées.
Jacques de Clavaillan, cavalier accompli, fit face à la femme du Gouverneur dans une pavane où tous admirèrent ses qualités de gentilhomme.
Il figura non moins élégamment dans un quadrille, l’une des formes de la chorégraphie nouvelle que l’on disait inventées à la Malmaison peu de mois avant que le général Bonaparte eût échangé son titre de Premier Consul contre celui d’Empereur, sous lequel il allait bientôt ébranler le monde.