Comme la demie après onze heures sonnait aux horloges du palais, Clavaillan vint saluer la maîtresse de la maison et la pria de l’excuser pour le reste de la soirée, où une migraine commençante l’obligeait à achever la nuit dans son lit.

Et, toujours souriant, toujours aimable, il prit congé de l’assistance en homme qui se prépare à la retrouver le lendemain.

CHAPITRE IV
L’ÉVASION

Pendant que le marquis Jacques de Clavaillan dansait au palais du Gouvernement, les deux matelots Evel et Ustaritz, accompagnés du petit Guillaume Ternant, mettaient à exécution le plan que leur avait tracé le jeune lieutenant de Surcouf.

Toutes les précautions étaient prises. Les chambres qu’ils occupaient à l’hôtel donnaient sur un enclos qui, lui-même, était en bordure sur la mer.

Afin de ne point éveiller les soupçons des domestiques hindous, les deux hommes avaient décidé qu’ils prendraient par le plus court, c’est-à-dire par l’enclos, afin d’atteindre la grève et d’y commencer sur-le-champ leur besogne.

La maison n’était point haute. Elle n’avait qu’un étage, comme la plupart des habitations coloniales, et le toit, presque plat, reposait sur une galerie faisant tout le tour de l’édifice. Il était donc facile à des hommes adroits de sortir de la maison et de descendre jusqu’au jardin, surtout en mettant à profit les vastes et solides branches d’un banyan-tree qui croissait.

Evel fut le premier au départ. C’était le plus robuste des deux marins. Il attacha solidement sur son dos le ballot des hardes qu’on emportait, laissant à Ustaritz la provision des vivres. Will passa le second et n’eut à s’occuper que de sa personne. Grâce à leur pratique de la gymnastique, les trois compagnons eurent tôt fait d’atteindre la limite de l’enclos.

Là, ils se tinrent un instant immobiles, l’oreille aux écoutes.

Ils allaient franchir la palissade de clôture lors qu’un bruit cadencé les fit tressaillir.