C’étaient des pas résonnant sur la chaussée qui bordait le port.

Ils retinrent leur souffle et se tapirent contre la muraille de planches.

Une ronde de cipayes passa, frôlant la palissade. Mais, peu soupçonneux par habitude, les soldats indigènes n’eurent pas même un regard pour le jardin de l’hôtel.

Lorsque le bruit de leur marche se fut perdu dans l’éloignement, Evel, Ustaritz et Guillaume escaladèrent la clôture et se glissèrent sous les manguiers et les banyans qui ombrageaient le rivage, afin de gagner le petit promontoire sur lequel s’élevait l’abri du canot de plaisance du gouverneur.

Ils y parvinrent au moment même où l’horloge du fort qui commandait la rade jetait à l’écho le tintement de la demie après dix heures.

Personne ne veillait aux alentours du chalet de briques.

« Hardi, garçons ! ordonna Evel. Mettons-nous vite à la besogne.

— Viens çà, pitchoun, dit Piarrille à Guillaume, c’est le moment de montrer que tu as profité de nos leçons et que tu vas faire un mousse de choix. »

Will n’avait pas besoin qu’on le stimulât. Il était trop fier de son rôle pour ne pas porter tout son effort à le tenir le mieux possible.

« As pas peur ! » répondit-il, imitant le parler de ses compagnons, ce qui était à ses propres yeux un indice de vigueur et d’esprit.