Les fugitifs n’avaient ni carte de ces régions dangereuses, — il n’en existait pas encore, — ni pilote pour les guider dans ces méandres. Le péril était de tous les instants.
Ils ne devaient se guider qu’avec une extrême prudence.
Pendant deux heures, ils manœuvrèrent à la gaffe, perdant leur avance, sentant diminuer leurs chances, tandis que la corvette grandissait à vue d’œil et s’avançait triomphalement vers la dangereuse barrière. Quand elle se jugea à distance suffisante, elle tira un coup à blanc.
C’était une sommation. L’Anglais enjoignait aux fugitifs de se rendre.
Ils n’y pouvaient répondre qu’en hâtant leur retraite, ce qu’ils firent de leur mieux. Après une lutte attentive contre les surprises éventuelles, ils gagnèrent un large espace découvert en eau profonde.
Ils pouvaient se croire, sinon sauvés, du moins momentanément à l’abri.
Mais, alors, la situation se compliqua de nouveau.
Le vent tomba tout d’un coup. Le ciel s’appesantit comme un manteau de plomb sur la nappe devenue immobile et huileuse. Il fallut recourir à l’aviron.
« Mauvais présage, murmura Ustaritz. Le typhon n’est pas loin.
— Eh ! qu’il vienne ! s’écria Clavaillan ; il chassera l’Anglais. »