En même temps, la chaleur devenait accablante, l’air suffocant ; le vent ne soufflait plus que par rafales courtes. Il avait des sautes inquiétantes qui obligèrent les navigateurs à diminuer leur toile.

Depuis six jours qu’ils fuyaient ainsi, ils avaient franchi trois cent soixante milles.

Or, à mesure que la stabilité du bateau leur faisait une loi de diminuer leur voilure, ils pouvaient voir avec effroi leurs ennemis ajouter à la leur et le vaisseau, grossissant à vue d’œil, s’envelopper de toute la toile disponible.

Brusquement Ustaritz jeta un cri de joie farouche.

« Les récifs ! les récifs ! Si nous n’échouons pas, nous sommes sauvés ! »

Et il montrait des blocs verdâtres, tantôt dressant autour d’eux, tantôt laissant voir, sous la glauque transparence, leurs têtes verdâtres, sournoisement tapies, comme des bêtes de proie à l’affût des victimes imprudentes.

Et ces rochers invisibles étaient semés en abondance, de tous côtés, pareils à une avant-garde de tirailleurs couvrant les approches de la terre ferme.

A la rigueur, il était possible à un bateau d’un faible tirant d’eau de se dérober aux perfides morsures des écueils, de s’en faire même des alliés, en courant dans l’inextricable lacis de leurs chenaux.

Mais un grand vaisseau n’y devait pas songer, et, à moins de connaître une passe qui permît de les traverser impunément, il devait rester en deçà de leur formidable barrière.

C’était une telle espérance qui avait fait monter aux lèvres du Basque cette joyeuse exclamation : « Si nous n’échouons pas, nous sommes sauvés ! »