— Je dirai comme Evel et Piarrille, répliqua vaillamment l’enfant.
— Alors, à Dieu va ! » prononça gravement Clavaillan.
Il attendit les premières ombres pour changer la route. La nuit faite, la chaloupe obliqua et courut grand largue, dans la direction du sud-est, le cap sur les îles Nicobar, qu’on supposait distantes de trois cents milles et dans le labyrinthe desquelles il serait aisé d’éluder la poursuite.
Quand l’aube revint, on put constater avec joie qu’on avait pris la bonne voie et que la corvette n’était plus sur l’horizon du nord.
Mais, vers midi, elle reparut sur celui de l’ouest. Elle s’était aperçue de la fuite de ceux qu’elle cherchait et les relançait dans l’est.
« Gurun ! gronda Evel, dont les poings se serrèrent, l’Ingliche a bon œil et bon nez. Il nous a découverts ; il ne nous lâchera plus. »
Et, derechef, on se mit à courir à la vitesse moyenne de dix nœuds, le vent se maintenant du nord, c’est-à-dire favorable aux deux adversaires.
A la nuit tombante, il faiblit. La température devint pesante, et les gorges desséchées ne furent point rafraîchies par l’eau des outres.
A l’aurore, une terre apparut dans le sud-est. On approchait du dangereux archipel des Nicobar. C’était peut-être le salut.
Mais la terre ne se laissait voir que comme une étroite bande violette, sous un angle qui faisait évaluer la distance à une trentaine de milles.