Le cinquième matin, comme ils inspectaient l’horizon du nord, l’œil perçant d’Ustaritz y découvrit une tache blanche qui, en grandissant, se changea en voiles carrées couvrant la carène d’un vaisseau de guerre.

« Nous sommes poursuivis, dit Jacques. Ceci est une corvette, la corvette Old Neil, qu’on attendait à Madras le lendemain de notre départ. Elle nous donne la chasse. Que Dieu nous soit en aide ! »

Et l’embarcation, sur l’ordre de son jeune chef, se couvrit de toile autant qu’elle en pouvait porter, et se mit à fuir dans le vent.

Mais elle avait été vue. La corvette la poursuivit à outrance.

La chasse se prolongea jusqu’à l’entrée de la nuit, sans un instant de répit.

A ce moment, la chaloupe avait gardé ses distances. Peut-être pourrait-on s’échapper à la faveur des ténèbres. Mais, pour cela, il fallait abandonner la côte et se jeter à l’aventure dans l’est.

Clavaillan consulta ses compagnons.

« Il nous reste deux alternatives : chercher quelque baie solitaire et nous y terrer afin de nous dissimuler aux yeux de ceux qui nous poursuivent, ou nous lancer au large, à la merci des vagues. Dans le premier cas, la corvette peut nous bloquer sur la terre et même nous déloger, si nous ne sommes pas suffisamment abrités ; dans le second, nous courons au-devant des cyclones possibles. Lequel des deux partis faut-il prendre ?

— Tout plutôt que la captivité ! s’écrièrent unanimement les deux marins.

— Et toi, Will ? interrogea le marquis. Tu as droit au vote.