Ce qui devait les inquiéter surtout, c’était la faible quantité d’eau potable, trois outres à peine, qu’ils avaient pu emporter.

Remonter vers le nord, il n’y fallait pas songer. C’eût été compliquer inutilement la difficulté, puisque le nord, c’était l’ennemi, l’Anglais maître du Bengale, des bouches du Godavery à celles du Brahmapoutre, et dont les rapides croiseurs auraient promptement découvert et capturé la chaloupe.

Aussi l’idée n’en vint-elle même pas à l’esprit des aventureux compagnons. En revanche, ils hésitèrent sur le choix de la direction à prendre. Iraient-ils à l’est ou au sud ?

Clavaillan décida qu’on ferait voile vers le sud, vers la grande mer.

Il décida, en outre, qu’on longerait la côte au plus près, afin de se tenir constamment au voisinage de la terre, non seulement pour conserver la chance qu’on avait eue, mais aussi afin de pouvoir faire aiguade en quelque crique ombreuse, et se cacher à l’œil vigilant des croiseurs et de leurs acolytes, les barques orientales qui faisaient escorte aux grands vaisseaux.

Le premier jour, les choses parurent aller à souhait.

Une brise s’était levée, venant du nord, et la toile, gonflée par le souffle propice, était tendue comme la sphère d’un ballon sous la poussée de l’air chaud ou des gaz plus légers que l’air.

Le vent poussa donc l’embarcation avec la vitesse d’un char attelé à de robustes coursiers.

Elle courut ainsi sur les vagues, sans perdre de vue le rivage, s’avançant vers les horizons du midi, vers Ceylan et le détroit de Palk.

Les voyageurs purent relâcher, au bout de deux jours, sur une côte presque déserte, tuer quelques oiseaux, ce qui leur assura de la viande fraîche, et renouveler leur provision d’eau pour les jours suivants. L’espérance rentra dans leur cœur.