Bientôt, il ne fut plias possible de s’y tromper. C’était bien les trois couleurs, c’était le pavillon français qui battait à sa corne.
Haletants, le cœur plein, la poitrine agitée d’une fiévreuse espérance, l’équipage et les passagers de la Bretagne n’osaient point en croire leurs yeux, ne sachant comment expliquer la présence d’un bâtiment français sous ces latitudes.
Tous s’étaient élancés vers le pont et, penchés sur les bastingages, assistaient au singulier événement qui avait assuré leur salut.
Le vaisseau inconnu s’approchait à une vitesse de dix à douze nœuds, très supérieure à celle des croiseurs ennemis.
Comme certaines étoiles du firmament, il se dédoublait.
Bientôt on put voir derrière lui, dans son sillage, un brick de grandes dimensions, dont les sabords relevés montraient les gueules luisantes de huit pièces de seize, formidable satellite du premier bâtiment, qui ne portait pas moins de seize bouches à feu.
Celui-ci venait, rapide comme un oiseau de proie.
Et, vraiment, il en avait la mine élégante et farouche, avec ses larges voiles carrées, ouvertes ainsi que des ailes, qui débordaient la carène renflée. Il était mince pourtant et long, taillé pour des luttes de vitesse. Son étrave se creusait comme la gorge d’un albatros, dont son beaupré chargé de toile imitait assez bien le bec puissant.
Il avait pris chasse sur les deux vaisseaux anglais et il était visible qu’il les rejoindrait promptement.
En passant devant le trois-mâts, il le salua allégrement, et les fugitifs purent entendre une immense clameur leur souhaiter un bon voyage.