Quand l’étrange vaisseau défila devant la Bretagne, le capitaine Kerruon, armé de sa longue-vue, put lire le nom inscrit au-dessous de la dunette.

Un hourra souleva sa poitrine, aussitôt répété par l’équipage et les passagers du trois-mâts brestois. La Clarisse ! « Vive Robert Surcouf ! »

« Vive Robert Surcouf ! » L’acclamation était méritée.

C’était lui, en effet, l’invincible corsaire, le glorieux Malouin, digne descendant de Duguay-Trouin, qui venait de sauver ses compatriotes en détresse et s’apprêtait à livrer bataille aux éternels ennemis de la France.

Le docteur Charles Ternant, frémissant d’un patriotique enthousiasme, appela à lui sa femme et ses enfants.

Puis, prenant son fils dans ses bras, il l’éleva au-dessus des bastingages et, lui montrant les deux navires français voguant triomphalement à travers les eaux calmes et limpides :

« Guillaume, s’écria-t-il, regarde bien ces bateaux qui passent et grave leur image dans ton souvenir. C’est la gloire de ta patrie que tu vois. Ne l’oublie pas. Vive la France !

— Vive la France ! » répéta la voix pure du petit garçon.

Guillaume Ternant ne devait point oublier cette journée.

Maintenant les deux vaisseaux étaient passés.