Ils regardèrent du côté de la corvette. Celle-ci évoluait en se surchargeant de toile, afin de fuir devant l’ouragan, si la chose était possible.

« L’Anglais aussi a vu venir le vent, ricana Ustaritz. Il trouve la place mauvaise et il file. Il aurait dû le faire plus tôt. Je crois que maintenant il est un peu tard. Mais ça n’avancera pas nos affaires. »

Au même instant, Will qui s’était penché sur le plat bord, s’écria :

« Nous dérivons, capitaine, nous dérivons !

— C’est pourtant vrai ce que dit le petit, fit Evel. Nous sommes dans un courant, et il nous porte à la côte. Oh ! si nous avions la chance de… »

Il s’interrompit.

La chaloupe venait de bondir, emportée comme un fétu par une vague énorme, une lame de fond qui la jeta à vingt brasses hors de sa station antérieure. Et, tout aussitôt, l’eau se mit à bouillonner comme sous l’action de quelque chaudière intérieure.

« C’est le bourrelet de la cuvette, dit Ustaritz, le sourcil froncé. Je connais ça, capitaine. Si le bon Dieu ne nous aide pas, dans dix minutes nous sommes par cinquante mètres de fond, la quille en l’air. »

Mais alors Jacques se redressa ; ses yeux brillaient.

« Le bon Dieu aime les braves, cria-t-il. Hisse la voile ! »