Les deux matelots le regardèrent avec des yeux ronds, le croyant fou.

« Hisse la voile ! répéta impérieusement le jeune homme. Nous n’avons qu’une chance de salut. Il ne faut pas la manquer. »

En un clin d’œil, foc et voile s’ouvrirent, prêts à prendre le vent.

La rafale arriva, formidable, monstrueuse.

Elle enveloppa l’esquif comme d’un coup de fouet.

Pareille à un cheval qui se cabre, puis retombe sur ses pieds pour ruer, la chaloupe se balança sur son arrière, donna une furieuse bande à tribord qui la remplit à moitié d’eau, puis piqua de l’avant dans une montagne liquide.

Mais quand les fugitifs, étourdis et trempés, purent jeter un coup d’œil derrière eux, ils virent la corvette à un demi-mille dans le nord-ouest, aux prises avec l’assaut des lames.

Eux-mêmes avaient gagné dans l’est. Le vortex de la tornade les avait jetés hors de ses gyres, et ils couraient furieusement vers la grande terre.

CHAPITRE V
EN DÉTRESSE

Pendant un temps inappréciable, les quatre passagers de la chaloupe demeurèrent sans force et sans pensée, renversés au fond du canot, à la merci de l’océan affolé qui les entraînait à son caprice.