Il ne s’était pas trompé. Le vaisseau contenait encore des vivres et des munitions.

A dire le vrai, sa cale était submergée et le plus clair de la cargaison était sous l’eau. Mais l’entrepont gardait encore quelques caisses intactes, des barils dont on devinait la contenance, des armes et de la poudre.

Le pont conservait quelques cadavres, à moitié déchirés par les albatros et les frégates. Un canon traînait encore, une pièce de retraite, sur le tillac.

Chaque fois que l’énorme masse s’abaissait ou se relevait sous le roulis, on entendait le glouglou de l’eau entrant dans l’âme d’une caronade égueulée ou se déversant en cascade. Aux éclats de toute nature dont le pont était jonché, au bris des mâts fauchés par les boulets, aux entrailles des bastingages, il était aisé de voir que ce vaisseau était le glorieux cadavre de quelque combattant tombé dans une lutte acharnée.

A la corne de l’artimon, tombé sur la hanche de tribord, pendait encore le pavillon aux armes d’Angleterre. Cette vue seule ranima les trois hommes.

« Vive la France ! cria Jacques de Clavaillan. Surcouf a passé par ici. Je le reconnais à ses coups. L’Ingliche a dû en voir de dures. »

Aidé de ses compagnons, il défonça l’une des caisses. Elle contenait des conserves de viandes froides. Dans une autre on trouva du biscuit de mer.

« Embarquons tout ça chez nous, garçons ! ordonna le marquis, après que les deux matelots se furent restaurés. Le ciel s’est souvenu de nous.

— Au plus pressé, d’abord, » ajouta-t-il, en montrant un baril de vin et une petite boîte de fer blanc que sa forme et ses dimensions désignaient suffisamment comme devant être une de ces pharmacies portatives dont nos pères avaient soin de se munir dans tous leurs voyages au long cours.

Il avait deviné le contenu de la boîte. Elle renfermait, entre autres médicaments, une bonne provision de quinine distribuée en doses régulières.