« Nous avons touché ! »

Oui, ils avaient touché. Mais quoi ? Une grève de salut ou un récif mortel ?

Une fois de plus, l’instinct fut le plus fort. Une suprême énergie entra en ces deux hommes tout pareils à des cadavres. Ils s’élancèrent vers l’avant.

Le canot avait heurté de son étrave une masse volumineuse et sombre. Maintenant il glissait le long de cette masse, la frôlant de son gui à bâbord.

Ils regardèrent avec des yeux brûlants de fièvre, et reconnurent qu’ils venaient de se jeter sur la carcasse d’un grand navire. La collision n’avait pas été violente, et la chaloupe avait été seulement déviée par le choc.

Elle se tenait présentement à l’arrière du vaisseau inconnu, sous l’étambot.

Un coup d’œil plus attentif leur permit de reconnaître un vaisseau de guerre démâté et vide, flottant à la dérive, soutenu par l’eau qui avait noyé les soutes, mais n’avait point défoncé le pont.

« Hardi ! cria Jacques d’une voix vibrante. C’est Dieu qui nous envoie ce secours. Il doit y avoir à manger et à boire sur cette carcasse. »

En un clin d’œil il ressaisit la barre avec une farouche énergie. Le canot vira et, sous l’impulsion de l’aviron, sur cette mer immobile, revint vers l’avant du navire.

Des cordages pendaient aux barbes du beaupré. Jacques s’assura qu’on pouvait tenter l’escalade de l’épave. Aidé d’Evel, il amarra la chaloupe au grand cadavre flottant, et, d’un élan suprême, parvint à se hisser sur le gaillard d’avant.