Aux deux extrémités du canot, Evel et Ustaritz étaient en proie au délire.

La folie du Breton était sombre et farouche ; il avait des rêves noirs.

Celle du Basque, au contraire, était joyeuse, pleine de songes ensoleillés.

Et la barque courait toujours vers le sud. Ni terre ni voile ne se montraient.

Pourtant, il y eut un répit dans cette agonie affreuse, un moment de grâce.

La quatrième nuit après le cyclone, Clavaillan, dompté par la souffrance, avait fléchi à son tour. La chaloupe n’était plus qu’une épave emportée par la destinée, sans guide, sans direction d’aucune sorte. Elle errait au hasard, sous la brise qui tenait sa voile constamment ouverte.

Tout à coup, un choc se produisit qui fit craquer toute la membrure.

Il fut si violent que Jacques s’éveilla en sursaut du sommeil morbide dans lequel il était plongé. En même temps que lui, Evel et Piarrille se dressèrent.

La lune épanchait sa clarté blanche sur la surface de la mer.

Il semblait qu’un peu de cette lumière entrât dans les intelligences en dérive des deux matelots. Ils jetèrent en même temps le même cri :