C’était tantôt, sur le liquide miroir immobile, des visions de terres verdoyantes, de forêts et de sources, tantôt, dans le manteau des nuées, un déroulement de collines et de montagnes, de cimes bleuâtres ou neigeuses.

D’autres fois, en proie au délire, les malheureux se levaient brusquement et montaient sur les plats bords afin de sourire à quelque attirante fascination du gouffre. Le petit Will avait, le premier, subi ces effrayants phénomènes.

Aussi était-ce sur lui que Jacques de Clavaillan veillait le plus attentivement.

Ce n’était pas seulement la conscience de ses devoirs envers Mme Ternant qui dictait cette vigilance au jeune homme, mais bien encore la réelle affection qu’il éprouvait pour cet enfant vaillant qui s’était spontanément donné à lui.

L’œil sans cesse ouvert, malgré sa propre souffrance, il suivait tous les mouvements de Guillaume et le maîtrisait aisément dès qu’il prévoyait quelque extravagance.

Avec un soin pieux, il prenait l’enfant dans ses bras et lui baignait la tête et les mains avec de l’eau de mer, tempérant de la sorte les atroces tortures de la soif.

Trois nouvelles et mortelles journées s’usèrent de la sorte.

L’épuisement était arrivé à ses dernières limites. Jacques, la tête vide, les tempes battantes, les oreilles pleines de bourdonnements, n’avait plus que la force de se soulever de temps à autre pour contempler l’horizon implacablement vide.

A ses pieds gisait Guillaume qu’il était superflu de surveiller.

Terrassé par le mal, le petit garçon n’était plus qu’un corps inerte, déjà paralysé par le coma final, sans qu’aucune excitation du dehors vînt l’arracher à sa torpeur.