Il fallut y ajouter. Pour ce faire on prit un morceau au foc ; on y attacha une partie de la toile de tente qui couvrait naguère le canot dans son berceau. Afin de refaire une barre, on enleva, avec beaucoup d’efforts, un morceau à l’un des bancs et on l’adapta comme l’on put au gouvernail.
C’était un premier résultat. On put ainsi mettre à profit les brises intermittentes qui couraient avec des risées sur la vaste nappe tranquille.
Mais le problème de la faim demeurait entier, compliqué de celui de la soif que l’ardeur torride du ciel rendait plus pressant.
Grâce au fusil demeuré à bord, on parvint à tuer quelques oiseaux de mer.
On utilisa comme combustible dans le fond du canot les déchets du banc qu’on avait sacrifié, et l’on parvint à rôtir deux mouettes.
Cette maigre, très maigre victuaille, et surtout très coriace, fit gagner un jour.
On courut vers le sud, dans l’inconnu, soutenu par la folle espérance que, Dieu aidant, on atteindrait peut-être la région des îles françaises.
Cette course, à travers un océan embrasé, était une agonie.
La soif ne tarda point à s’allumer, adurente et terrible, dans ces gosiers desséchés, et avec la soif, les hallucinations qu’elle entraîne.
Tout un cortège d’ironiques visions accompagna la barque errante.