Tous avaient comme la sensation d’un espace énorme parcouru en quelques heures, sous la rotation forcenée du cyclone.
Qu’était devenue la corvette anglaise ? Ils n’en avaient guère le souci à cette heure et ne redoutaient plus sa poursuite. Évidemment elle avait dû périr dans la tourmente, ou être rejetée dans le Nord.
Jacques de Clavaillan avait, le premier, recouvré sa présence d’esprit.
Il comprenait que de sa fermeté allait dépendre l’énergie de ses compagnons. Par le rang, par l’éducation et le caractère, par l’initiative qu’il avait prise en les entraînant, il était devenu leur chef.
Il devait donc agir, en effet, surtout au point de vue moral.
« Allons ! garçons, dit-il en se secouant, il ne faut pas nous abandonner. Il n’y a de vaincus que ceux qui consentent à l’être. Debout, et comptons sur nous-mêmes, pour que nous ayons le droit de compter sur Dieu. »
Galvanisés par ces paroles, Evel et Ustaritz se levèrent et demandèrent :
« Que faut-il faire, capitaine ?
— D’abord, reconstituer nos voiles avec tout ce que nous avons sous la main. »
La chance voulut que le Basque eût gardé dans sa poche un peu de gros fil et de fortes aiguilles, avec lesquelles on se mit à recoudre, tant mal que bien, les lambeaux de la voile qui pendaient encore au pic. Mais la voile ainsi refaite avait à peine le tiers de ses dimensions ordinaires.