La toile blanche battait le mât et ce clapotis était à peine perceptible dans le grand fracas de la tourmente. Les cordages se remuaient en zigzags fascinants, tels que de hideux reptiles jaillis des ténèbres du gouffre.

Accrochés aux bancs, Jacques et ses compagnons se laissaient ballotter par les secousses furieuses. En ce moment, l’instinct seul de la conservation les retenait dans cette lutte désespérée contre les éléments.

La tempête les roula tout le jour, et lorsque, aux approches de la nuit, ils sentirent que la nappe s’apaisait lentement, ils ne purent que constater l’horreur de leur position. La mer avait mis en pièces la voile, rompu la barre du gouvernail, emporté les deux tiers des provisions et rendu le reste immangeable. Une seule chose leur restait, un fusil sur trois, et un baril de poudre qu’on avait solidement amarré à l’arrière. C’était la perspective de la mort par la faim succédant à celle du naufrage. Et la nuit les enveloppa de ses tristesses.

Ils errèrent dans les ténèbres, écrasés de fatigue, ne se parlant pas, méditant chacun de son côté aux moyens de salut qui pouvaient subsister.

La lumière ne fit qu’accroître l’affreuse certitude de leur abandon.

Ils cherchèrent du regard autour d’eux les horizons aperçus la veille. La terre avait disparu.

Aussi loin que se portât la vue, elle n’embrassait que l’immense nappe bleue paisible et souriante sous un firmament de feu.

Où étaient-ils ? Ils l’ignoraient et n’avaient aucun point de repère.

La boussole fixée à l’arrière du canot, par une coquetterie de lady Blackwood, avait été emportée. Il était désormais impossible de s’orienter.

Peut-être le soir venu, si le ciel restait pur, pourrait-on demander aux étoiles de très vagues renseignements sur la situation du bateau.