En ce moment, Guillaume se ranimait sous l’influence du remède bienfaisant qui le délivrait de la fièvre. L’enfant ouvrait péniblement les yeux :
« A boire ! » murmura-t-il, prononçant les deux mots qui sont le premier cri de la chair en révolte contre l’abominable torture de la soif.
Jacques prit vivement un peu d’eau à l’une des outres qui avait survécu à la tourmente et la colora de quelques gouttes du bon vin trouvé sur l’épave.
Le petit malade but avidement le breuvage apaisant. Un soupir de soulagement dégonfla sa poitrine. Les traits de sa face grippée se détendirent.
« C’est bon ! » murmura-t-il, tandis qu’un sourire éclairait le pauvre visage pâli, aux lèvres violettes, et que les mains jusque-là gourdes et inertes se remuaient pour saisir le gobelet vide entre celles de Clavaillan.
Mais le marquis jugea prudent de ne point accorder sur-le-champ à la prière de l’enfant la satisfaction qu’elle réclamait.
Il enveloppa le front brûlant du garçonnet d’un linge mouillé, afin que l’évaporation sous le rayonnement externe conservât un peu de fraîcheur à ses tempes. Puis, aidé de ses deux compagnons, tout à fait ranimés à cette heure, il improvisa une sorte de couche, recouverte d’une toile de tente.
Ce fut sur ce lit très sommaire qu’on étendit le petit Will, retombé dans le pesant sommeil de l’atonie, et les trois hommes, émus jusqu’aux larmes, se relayèrent auprès du petit malade pour le surveiller.
Il ne restait plus qu’à abandonner la carène bienfaisante, afin de tirer parti des souffles favorables et de gagner du temps et de l’espace.
On couvrit donc le canot de toute la toile qu’on avait pu se procurer.